Le blason des anciens du collège Hautefeuille

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Interview de Pascal Bastien (promo 1997)

Pascal Bastien, Promo 1997, vit au Canada. Il y est né et n’a passé en France que son année de 3e. Brillant élève, un peu hors normes, il est maintenant médecin, marié, 2 enfants.

Pascal, je me souviens qu’en 3e, tu entretenais une correspondance en latin avec un de tes amis canadiens. Est-ce toujours le cas ?

Il me coûte d’admettre à mon ancien professeur qu’à certains égards, mon niveau actuel en latin est sans doute plus faible qu’il ne l’était il y a vingt ans. Cette gêne est d’autant plus vive qu’Émile, le correspondant en question, n’a cessé de perfectionner son latin et son grec au point de poursuivre des études supérieures en langues anciennes. Tout n’est peut-être pas perdu. J’ai pris grand plaisir, durant mes études d’anatomie, à me rappeler, par exemple, mon génitif pluriel et à découvrir que le muscle fléchisseur superficiel des doigts porte en anglais le nom de flexor digitorum superficialis. Qui plus est, l’amour des langues est contagieux, et dans mon contexte actuel, je me consacre tranquillement à l’apprentissage du vietnamien, de l’ukrainien et du grec — les parents de mon épouse étant d’origine vietnamienne, et notre église byzantine catholique étant de tradition slave.

D’après ce que tu m’as dit, tu as été vraiment marqué par ton passage à Hautefeuille et au club Fennecs. Peux-tu expliquer en quoi ?

J’avais quatorze ans lorsque mon père a reçu son affectation à l’ambassade canadienne à Paris et que je suis arrivé au Collège Hautefeuille. Avec du recul, je n’hésiterais pas à dire que sur la plan académique, la formation que j’y ai reçue n’aurait eu d’égal que dans les meilleurs collèges canadiens. De mon point de vue d’étranger, je pense qu’une partie du mérite revient au système français lui-même, qui a longtemps tâché d’assurer une formation générale, en préservant l’enseignement des humanités classiques, tout en offrant une excellente formation scientifique. Ce qui donne à Hautefeuille son caractère exceptionnel, et ce qui ravive ma gratitude deux décennies plus tard, cependant, c’est que c’est enseignement se fasse dans une atmosphère authentiquement chrétienne, par des professeurs qui voient leur enseignement comme partie intégrale de leur vocation.

À mon arrivée en France, malgré l’excellent exemple de mes parents qui pratiquaient fidèlement leur foi catholique, ma foi vacillait. Je n’avais à Ottawa aucun ami proche, aucun professeur que j’aurais pu identifier comme véritablement chrétien. L’Église, il convient peut-être de le rappeler, a souffert terriblement outre Atlantique de la Révolution tranquille. Nous allions en famille à l’église chaque dimanche et jour de fête, et j’avais un certain désir de communier et de me rapprocher du Bon Dieu — mais c’était une tâche qui m’apparaissait de facto solitaire, et pour laquelle j’étais mal équipé. Comme tant d’autres catholiques, je le crains, je me sentais tout à fait détaché même de ceux avec lesquels je partageais un banc d’église. Une fois à Hautefeuille, j’ai d’abord hésiter de fréquenter le club Fennecs mais lors de la visite de Saint Jean-Paul le Grand à Reims, je n’ai pas hésiter à monter à bord d’un minibus de la rue Jean Nicot. Encouragé par cette première expérience édifiante, j’ai commencé à participer à des sorties de VTT avec le club. En février 1997, étant bien incapable de refuser un voyage de ski dans les Alpes, je me suis rendu en Savoie à bord du même minibus. J’y ai forgé quelques nouvelles amitiés, et du même coup, un jeune abbé de Rochebrune récemment revenu de Rome a fait fondre les derniers obstacles qui m’avaient gardé loin de la confession et d’une vie de prière régulière. Je ne pourrai jamais oublier que c’est par l’intermédiaire des Vulpes zerdae (latin oblige), que le bras du Seigneur m’a d’abord ramené à lui.

Dans ta profession médicale, comment se manifeste ton engagement de chrétien ?

Le Pape François nous a récemment rappelé que les œuvres de miséricorde sont du ressort de tous les chrétiens. De façon privilégiée, les médecins ont l’occasion quotidienne d’assister aux malades et de consoler les affligés, et selon les mots du livre de Sirac, de « procurer la guérison » et « d’enlever la douleur ». J’ose espérer que ma foi dans le Christ transforme chacune mes rencontres de patients.

Lors d’un vote unanime il y a près de deux ans, la Cour suprême du Canada a décriminalisé l’euthanasie et le suicide assisté. En Ontario plus précisément, le collège des médecins qui régit la profession a simultanément promulgué une politique exigeant que tout médecin qui soulèverait une objection de conscience face à un procédé légal remplisse au moins un « effective referral to a non-objecting physician » (rapport de mise en relation avec un médecin non-objectant). Le désir de purger la profession de ses membres pro-vie est à peine dissimulé. La persécution toutefois a comme avantage de rapprocher des médecins de différentes traditions, et surtout de diverses confessions chrétiennes. Elle nous oblige à nous tourner vers le Seigneur et à nous abandonner à lui, n’ayant plus la possibilité de compter orgueilleusement sur nos propres forces.

Avec un jeune confrère également spécialiste en médecine interne, j’ai eu la chance dans la dernière année d’organiser des rencontres dites de fellowship pour étudiants de médecine et pour internes. Tout récemment, nous avons organiseéune retraite d’un jour, et celle-ci a connu un succès surprenant. Elle nous a permis de rejoindre beaucoup de médecins qui ne s’étaient pas approchés jusqu’alors de notre cercle de médecins catholiques. Elle m’a rappelé que pour transformer le monde, il importe avant tout d’approfondir notre propre relation avec le Christ ressuscité et d’en témoigner autour de nous.

Silhouettes d'arbres et d'anciens d'Hautefeuille